Interview avec Damien Wake, artiste et entrepreneur indépendant

Damien Wake

Damien Wake

Voici la version française de mon interview avec Damien Wake.

Cendrine Marrouat: Bonjour Damien et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pour commencer, dites-nous en un peu plus sur vous.

Damien Wake: Bonjour, je m’appelle Damien Wake, j’ai 27 ans et habite actuellement en France. Je suis passionné par tout ce qui touche à l’image et la conception d’univers. Je travaille comme graphiste et photographe et m’oriente actuellement dans la réalisation.

CM: Quand avez-vous décidé de devenir artiste et entrepreneur ?

DW: On ne décide pas de devenir artiste du jour au lendemain. J’ai toujours été attiré par l’image, je suis un grand cinéphile. Durant mon adolescence j’ai réalisé beaucoup de court métrages dans lesquels, avec l’aide d’une bande d’amis, nous parodions tous ces films dont nous nous abreuvions. Ressentant toujours le besoin d’exprimer ce qu’il y a au plus profond de moi, je me suis mis à peindre, puis un jour un ami m’a demandé de réaliser la pochette d’album de son groupe. Je me suis donc  lancé dans la création graphique, sans rien y connaître et là un déclic s’est produit. J’ai découvert un moyen d’expression formidable, dans lequel je me suis engouffré.

Au fur et à mesure de mes créations, beaucoup de personnes venaient me voir afin de me demander de réaliser leurs couvertures de livres, affiches, visuels d’albums etc … Du jour au lendemain, on venait me voir et on me disait « vous êtes graphiste »… et j’ai répondu, c’est çà, je suis graphiste.

CM: Vous êtes photographe et graphiste. Avez-vous reçu une formation spéciale ou êtes-vous autodidacte ?

DW: Je suis entièrement autodidacte, j’ai tout appris par le biais de livres et de sites internet, et puis surtout à force de manipuler appareils et logiciels. Je passe aussi beaucoup de temps à parfaire ma culture artistique, à observer le travail d’autres graphistes et photographes.

CM: Quand vous prenez des photos, recherchez-vous quelque chose en particulier ?

DW: Rien ne semble vouloir durer, tout est éphémère. Je cherche simplement à figer un instant, qui lui durera pour l’éternité.

CM: Comment travaillez-vous avec vos modèles ?

DW: Les shoots photos sont étudiés à l’avance, je n’aime pas la photographie aseptisée sur fond blanc avec une image parfaite. J’aime imaginer des histoire et mes modèles deviennent leurs personnages. Je fais des repérages afin de trouver le lieu qui convient le mieux, ensuite nous nous y retrouvons. Je les guide un peu comme un réalisateur dirige ses acteurs, je leur explique le scénario imaginé, la façon de se comporter et l’expression à faire ressortir. Généralement, elles s’en sortent très bien.

CM: Quelles sont les différences principales entre la photographie et le graphisme ?

DW: Ces deux domaines relèvent de l’artistique, seuls les outils utilisés sont différents, mais ils peuvent devenir complémentaires. C’est ce qui se fait beaucoup aujourd’hui pour la publicité.

Certains artistes comme Dave Hill arrivent à faire d’une photographie une véritable création graphique qui semble avoir était entièrement créée virtuellement.

CM: Est-ce que votre expérience d’ancien membre de groupe et écrivain influence votre façon de créer vos logos et couvertures ?

DW: C’est évident, créer est une sorte d’exutoire, et elle est propre à chaque artiste. Tout ce que je crée est en lien avec mon esprit. Même si l’on m’impose beaucoup de contraintes sur certains projets, j’arrive toujours à les tourner à ma manière, de façon à les relier avec tout le reste de mes créations, à ce qu’ils trouvent leur place dans mon univers. Si vous regardez bien, vous trouverez certains symboles récurrents sur mes travaux.

CM: Votre travail artistique est fantastique et presque surréel. Avez-vous un secret ?

DW: Je fais tout l’inverse de ce que l’on vous dit de faire dans la photographie. Je travaille avec un vieil argentique 35 mm, cela crée une véritable  relation et m’oblige à avoir  une certaine méthode de travail. Cela donne des choses différentes dans l’expression qu’un numérique sur trépied qui va prendre 200 images en 1 minute.

CM: Vous avez collaboré avec de nombreux artistes. Y a-t-il une expérience que vous aimeriez partager ?

DW: Chaque expérience est intéressante, certaines plus que d’autres. J’aime travailler avec des gens qui savent ce qu’ils veulent et qui ont compris le côté artistique de mon travail, en me laissant une certaines liberté de créativité. J’apprécie de travailler avec Alexandre Mangin, un auteur qui habite au Japon. Sinon, ma récente collaboration avec Charlotte Boyer pour qui j’ai réalisé la couverture de son second livre « Trois cents secondes » a été très enrichissante.

CM: Vous êtes en pleine création de votre entreprise, Somewhere Art Agency. Un nom bien intrigant! Dites-nous en un peu plus.

DW: Oui, je suis actuellement en train de créer ma propre agence artistique à l’étranger. Je ne donne pas plus d’infos sur cela pour l’instant car c’est encore en phase de création, et je pense avoir trouvé un concept vraiment novateur. Pour ce qui est du nom, je ne me suis jamais senti bien à rester trop longtemps dans un même endroit, je sens que quelque chose m’appelle au loin, j’ai envie de voir d’autres lieux, d’autres visages. Le temps passe et un jour il sera trop tard, je ne souhaite pas quitter ce monde sans avoir vu tout ce que cette terre a à nous montrer.

Se réveiller pour travailler et rentrer dormir, passer sa vie à n’avoir que pour seul de s’acheter une maison et une nouvelle télé, ne m’intéresse pas. Je veux voyager et vivre de ma passion et je pense en avoir trouvé le moyen.

CM: Quels sont vos projets actuels ?

DW: Je travaille sur un roman «  Forty niner ». Je réfléchis aussi à un projet de court métrage, un petit film de quinze minutes dont le scénario est déjà tout trouvé. Peut être une exposition photographique dans le cours de l’année. Je travaille aussi sur l’identité visuelle d’un nouveau groupe de métal «  Naharen », un concept original auquel je crois beaucoup.

CM: Vous vivez en France. Quels sont les difficultés que vous rencontrez en tant qu’indépendant ?

DW: Je pense qu’il est très difficile d’être artiste en France. Les artistes émergents ne sont pas assez reconnus, on ne leur donne aucune chance. Il faut vraiment être patient et s’accrocher. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup partent à l’étranger. La mentalité française fait que l’on viendra plus facilement vous démoraliser plutôt que vous encourager.

CM: Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

DW: A l’étranger, à passer le plus clair de mon temps à créer pour moi et pour les autres, mon but ultime étant celui de réaliser un long métrage.

CM: Où peut-on en savoir plus sur vous et votre travail ?

DW: J’ai un site Internet (www.damienwake.com) sur lequel on peut aussi accéder à mon blog.

CM: Quelques mots pour conclure ?

DW: Tout est possible.